bleu
étymologie
(Adjectif, Nom) De l’ancien français blou, blo, blau, de l’ancien bas frk blāo (cf. néerlandais blauw), apparenté au luxembourgeois blo, à l’allemand blau. Le francique a aussi donné le vieil espagnol blavo, le vieil italien biavo, le romanche blau et l’occitan et le catalan blau (au fém. blava). L’anglais blue a été emprunté à l’anglo-normand.
Note: Dans nombre d’interjections composées de bleu (par ex. corbleu !, nom de Bleu, etc.), le mot se substitue à Dieu pour éviter le blasphème.
Pour le sens « novice » du nom commun, une tradition fait allusion à l’usage consistant à faire boire aux jeunes recrues une solution de bleu de méthylène, qui s’élimine par les urines. (le terme original était bleu-bite). Ces urines bleues auraient fait croire aux petites amies de l’individu que celui-ci était malade, ce qui contrariait fortement ses prouesses amoureuses. Pour les militaires, le mot bleu a pour origine l'uniforme des engagés volontaires de 1793 qui portaient tous des vestes d'uniforme bleues, contrairement aux autres troupes aguerries dont la dominante était encore le blanc.

adjectif

SingulierPluriel
Masculinbleu
\blø\
bleus
\blø\
Fémininbleue
\blø\
bleues
\blø\

bleu \blø\

  1. De la couleur du ciel en plein jour quand il est dégagé.#0000FF
    • […] sur toute l’Ardenne, le temps s’était levé. Le ciel était bleu éblouissant, la neige étincelait au soleil. (Georges Blond, L’Agonie de l’Allemagne 1944-1945, Fayard, 1952, page 155)
  2. (Par extension) D’une couleur appartenant au champ chromatique du bleu, c’est-à-dire légèrement différente de la couleur originelle mais liée à celle-ci.#DFF2FF#77B5FE#2BFAFA#3A8EBA#0000FF#17657D#686F8C
    • On ne pouvait voir de fille plus fraîche, plus riante ; elle était blonde, avec de beaux yeux bleus, des joues roses et des dents blanches comme du lait […] (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • Vers l’est, l’océan nuageux s’étendait bleu sombre à perte de vue, et Bert crut qu’il contemplait l’hémisphère entier du monde. (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 95 de l’éd. de 1921)
    • Le surlendemain […] dans la soirée, la couleur bleue de l’eau, indice des grands fonds, m’apprenait ma sortie du golfe de Panama. (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Au-delà des bois qui cernaient la ville, on apercevait une longue rangée de collines d’un bleu de fumée. (Julien Green, « Moïra », 1950, réédition Le Livre de Poche, page 43)
    • À mesure que les châteaux de nuages s’éloignaient l’un de l’autre découvrant de plus en plus du ciel, l’azur vira au bleu de gentiane [...]. (Jean Giono, Le hussard sur le toit, 1951, réédition Folio Plus, page 274)
    • Gordon portait une veste marron à chevrons, une chemise bleu Oxford et une cravate en tissu de la même couleur que la veste, tachetée de motifs de forme ovale striés de bleu ciel. (Philippe Labro, L’étudiant étranger, Gallimard, 1986, page 44)
  3. De la couleur que certains épanchements de sang ou certaines contusions font prendre à la peau.
    • Quand le sang lui porte à la tête, il devient tout bleu.
    • L’endroit de la contusion est encore bleu.
  4. (zootechnie) D’une couleur de robe de chien gris clair évoquant le bleu.
    • Le berger de Brie peut avoir une robe bleue.
  5. (cuisine) Très peu cuit, en parlant d’une viande grillée.
    • On m’a servi un bifteck bleu.
  6. Vivement surpris de quelque chose.
    • J’en étais complètement bleue.
  7. (argot) (populaire) Complètement ivre.
    • Tu aurais vu le Maurice, avec les canons qu’il s’est mis, il était bleu, il divaguait complètement !
      Note: Dans les cas extrêmes, on dit aussi bleu nuit.
  8. (Belgique) Passionnément amoureux de quelqu’un.
    • Je suis bleu de Stéph.
synonymes
traductions
  • allemand : blau
  • anglais : blue
  • espagnol : azul, celeste (bleu clair)
  • italien : blu (bleu foncé), azzurro (bleu clair)
  • portugais : azul
  • russe : синий, голубой (bleu clair)

traductions
traductions
traductions
nom

SingulierPluriel
bleubleus

bleu \blø\ masculin

  1. La couleur bleue.
    • Le bleu qui domine dans le tableau est donc construit régulièrement, en échelons, espacé en vis-à-vis, presque de la même manière, de chaque côté du trône. (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • De nombreux arcs-en-ciel apparaissent, mais le ciel entre les nuages est d’un bleu trop pâle et je sais que ce n’est pas encore la fin du mauvais temps. (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Des feux tantôt roses, tantôt d’un bleu acide qui tournait au vert pomme, scintillaient à l’extérieur des Folies. (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Au printemps les sous-bois se tapissent des fleurs de Caltha palustris, Ranunculus Ficaria, Prímula elatíor dont la jaune monotonie s’égaie du bleu des Glechoma hederacea et Viola silvestris. (Gustave Malcuit, Contributions à l’étude phytosociologique des Vosges méridionales saônoises, les associations végétales de la vallée de La Lanterne, thèse de doctorat, Société d’édition du Nord, 1929, p. 149)
    • Mais dans le même temps qu'elle admirait les robes, Francie éprouvait un étrange malaise. Ses yeux voyaient bien les couleurs, le cerise, l'orange, le bleu vif, le rouge et le jaune, mais elle avait l’impression qu'une chose sournoise se cachait derrière les costumes : […]. (Betty Smith, Le lys de Brooklyn, traduit par Maurice Beerblock, 1947, Éditions Belfond, 2014, chap. 4)
  2. (Par métonymie) Famille de fromages dont la pâte contient des champignons formant des veines de couleur bleue.
    • La barbaque est accompagnée de légumes ou de pâtes, c’est comme on veut. Pour le frometon, à pile ou face, on se prend camembert ou bleu. (Petit Futé Niort 2007, p. 36)
  3. Personne vêtue d’un uniforme bleu, vêtue de bleu.
  4. (Spécialement) (histoire) Nom que les chouans donnaient, pendant la guerre de Vendée, aux soldats des armées de la République.
  5. (Par extension) (France) Républicain.
    • Charette, qui, depuis la prise de Noirmoutiers par les républicains, ne disposait plus que de faibles bandes, sévit de nouveau à la tête d’une armée; et, le 26 nivôse (15 janvier), il fut en mesure de battre les bleus à Chancé et à Légé […] (Amédée Gabourd, Histoire de la révolution et de l’empire : Convention nationale, tome 2, vol. 4, Jacques Lecoffre, Paris, 1847, page 100)
    • Dans une Vendée religieusement fidèle à ses martyrs, dans son village même, Clémenceau, le « bleu », était moins qu’un autre prophète. (Michel Droit, De Lattre, maréchal de France, Pierre Horay, éditions de Flore, 1952, p. 21)
  6. (Spécialement) (histoire) Nom donné, pendant la guerre de Sécession, aux soldats nordistes (par opposition aux gris, les sudistes).
  7. (Spécialement) (QC) (politique) (vieilli) Partisan du Parti conservateur du Canada. Note: S'oppose à rouge, partisan du Parti libéral du Canada.
    • Proche du Parti conservateur, Alphone Desjardins y a beaucoup d'amis; [...]. Les « bleus » étant au pouvoir à Ottawa – sir John Thompson est alors premier ministre –, il faut jouer ses relations afin d'y obtenir un emploi. (Alain Otis et Jean Delisle, Les douaniers des langues — Grandeur et misère de la traduction à Ottawa, 1867-1967, Presses de l'Université Laval, 2016, page 103)
  8. (Spécialement) (QC) (histoire) Partisan de l'Union nationale, parti politique provincial québécois ayant connu son apogée entre 1936 et 1959 et disparu en 1989. Note: S'oppose à rouge, partisan du Parti libéral du Québec.
  9. (Spécialement) Policier ; gendarme.
  10. (familier) Personne sans expérience ; novice.
    • Les anciens aiment taquiner les bleus.
    1. (militaire) (familier) Jeune soldat sans expérience.
      • Ce soldat était un vrai bleu.
    2. (Belgique) (familier) Personne nouvellement arrivée en première année d’étude supérieure (baccalauréat ou candidature), qui garde ce titre jusqu’à la fin de son baptême.
      • Le cercle de la faculté d’économie a baptisé beaucoup de bleus cette année.
  11. (militaire) Par convention, toute force armée amicale ou alliée.
    • Le fratricide survient lorsque les bleus s’entretuent.
  12. (Par métonymie) Ecchymose, résultat d’un choc sur une région du corps humain, conduisant à l’apparition d’une couleur bleutée.
    • Il est tombé, et maintenant il a un bleu.
  13. (En particulier) (Figuré) Blessure, empreinte, marque infligé à la psyché, aux sentiments ou à la pensée.
    • À cette heure c’était sûrement Julien qui avait des bleus à l’âme, des envies de la revoir. (Frédérique Deghelt, La Grand-mère de Jade, Folio, page 9)
  14. Plan, schéma ou croquis reproduit sur papier au ferro-prussiate (bleu de Prusse).
  15. (France) (administration) Document relié en bleu représentant le budget proposé par le gouvernement, par opposition au vert, le budget voté par le Parlement.
    • Le bleu du budget.
  16. (France) (administration) Document de travail interministériel relatif à un projet de loi.
    • Le bleu, établi après cette réunion, fait apparaître quelles étaient les questions à trancher à l’issue des travaux menés devant le Conseil d’État et puis rend compte de la manière la plus précise des décisions prises au nom du Premier ministre. (Secrétariat général du gouvernement et Conseil d’État (France), Guide de légistique, 3e version, La Documentation française, 2017, ISBN 978-2-11-145578-8)
  17. (Suisse) (familier) Permis de conduire.
    • Il s’est fait retirer son bleu.
  18. (biologie) Maladie du lait et du vin blanc, causée par des bactéries.
  19. (Par métonymie) (Habillement) Bleu de travail.
    • Ceci est un bleu de mécanicien ; ceux-là des bleus de chauffe.
    • Cinquante balais, c'est pas vieux : qu'est-ce qu'il va faire de son bleu, de sa gamelle, de sa gapette ? C'est toute sa vie qu'était dans sa musette… (Renaud Séchan, Son bleu, À la belle de mai, 1994)
  20. (Par métonymie) (billard) Sorte de craie de couleur bleue dont on frotte le procédé de la queue pour qu’il adhère mieux à la bille.
  21. (Télécommunications) (France) (vieilli) Télégramme.
    • J’ai cherché à vous joindre au téléphone… Mais impossible d’obtenir la communication. Voilà pourquoi je vous envoie ce bleu. J’espère qu’il vous parviendra à temps. (Arthur Bernède, Belphégor, 1927)
    • Est-ce qu’il ne pourrait pas venir une fois prendre a cup of tea, comme disent nos voisins les Anglais ; il n’aurait qu’à m’envoyer un bleu le matin. (Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, 1913, Éditions Gallimard, Folio n°1924, 1987, page 77)
  22. (cuisine) Mode de cuisson des poissons dans un court-bouillon au vin rouge, qui leur donne une couleur bleuâtre.
    • Mettre une carpe, un brochet au bleu.
  23. (physique) Un des trois charges de couleur du quark, les deux autres étant le rouge et le vert.
synonymes
Couleur
  • couleur de l’infini (Surnom donné souvent à la couleur bleue)
Novice
Soldat sans expérience
Force amicale
Résultat d’un choc
Télégramme

traductions
traductions
traductions
  • anglais : blue (l’ensemble des soldats nordistes), bluecoat (individu)

traductions
traductions
traductions
Bleu
étymologie
De la couleur de leurs vêtements.

nom

SingulierPluriel
bleubleus

Bleu \blø\ masculin (pour une femme on dit : Bleue)

  1. (histoire) (souvent au pluriel) Soldat des armées de la République pendant la guerre de Vendée, par opposition aux Chouans.
    • Les Bleus vont intercepter le courrier, dit d’une voix farouche celui des chefs qui se trouvait le plus près de Marche-à-terre. (Honoré de Balzac, Les Chouans)
    • Dès que l'approche des Bleus était signalée, les gars s'égaillaient à droite et à gauche de la route, se dissimulaient derrière les haies et attendaient le signal du combat. (F. Charpentier, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k320404t/f35.imageChez nous en 1793 (Saint-André-Goule-d'Oie), récits d'un vieux Vendéen], 1906) }{#if:{#if:| (OCLC {} ↗)}}, page 61}}
  2. (sport) (souvent au pluriel) Sportif français.
    • Les Bleus ont engagé le match avec détermination face aux Féroens avec la ferme intention de gagner.
    • Avec une grosse préparation et la pleine intégration des vice-championnes d’Europe juniors, les Bleues allaient relever la tête lors de l’Euro 1985. (Pierre-Marie Descamps, L’Équipe Périodique, Collectif, Étienne Labrunie, La grande histoire du basket français, 2007)



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