embarrer
étymologie
 Composé de en- et de barrer.

verbe

embarrer \ɑ̃.ba.ʁe\ transitif intransitif conjugaison (pronominal : s’embarrer)

  1. Clore par une barre ; bloquer une porte par une barre.
    • Il fut brutal. Il exigea qu'elle lui offrit des bottes cloutées. Elle lui aurait tout promis, tout, et d'une voix qui s'enrouait. Elle était vive, rapide, avide. Il ne se doutait guère que la peur lui venait, peur que le diable l’embarrât. (Alexis Curvers, Il était douze fois Liège, Liège : Éditions P. Mardaga, 1987, p. 72)
    • La messe finie, on rentrait vite à la maison sous les étoiles, on s’embarrait soigneusement, on soufflait sur la braise pour rallumer le feu et, à la lueur du calel, on mangeait les « bougnettes » arrosées de vin chaud, parfumé à la cannelle, au laurier et aux clous de girofle. (Raoul Stéphan, Bécagrun, Paris : chez Albin Michel, 1935, 1re partie)
    • (Figuré)[…] le cabaretier lisait l’Ouest-Eclair à haute voix ; Hâ apprit ceci :
      Les voleurs des lises ne s'en tenaient plus aux moules, ils amouchonnaient le poisson... trois témoins les avaient vus ; leur compte était bon. Le loup des lises alluma sa pipe et revint chez lui ; la brume embarrait toute la baie :
      — « Cette brimasse va durer jusqu'au soir » se dit Hâ.
      (Paul Vimereu, « Au pays des ancêtres », dans Tertres et cratères: recueil de nouvelles et extraits de carnets de guerre, 1914-1918, Librairie Duclercq, 1970, p. 87)
  2. Mettre une barre pour bloquer une roue et entraver la marche d'un véhicule.
    • Les lourdes et noires voitures étaient construites spécialement pour le parcours accidenté ; leur coffre étroit et très allongé portait sur deux roues énormes qu'on « embarrait » pour la descente avec une barre de fer attachée aux brancards, frottant latéralement sur les jantes et s'arc-boutant sur le moyeu. (André Allix, Vizille et le bassin inférieur de la Romanche: essai de monographie géographique, Imprimerie Allier frères, 1917, p. 147)
    • Sur la route, ce furent les premières chaussées modernes construites par Trésauguet, en France, et par Mac-Adam, en Angleterre vers 1760, qui firent rechercher des procédés un peu moins primitifs que le sabot qu'on intercalait entre la roue et le sol, la chaîne d’enrayage et le rondin qui embarraient la jante près d'un rai. (Jean Falaize & Henri Girod-Eymery, A travers les chemins de fer: de l'origine à nos jours, Éditions Denoël, 1948, page 202)
  3. Faire levier avec une barre ; soulever.
    • Pour soulever une pièce de bois sans la faire déverser, un charpentier se place de chaque côté et embarre avec un levier, tous deux agissent également. Pour la faire avancer suivant la direction de sa longueur, la pièce posant sur un chantier, ils embarrent les leviers faisant un angle obtus du côté où ils veulent faire avancer la pièce, puis la soulevant et agissant ensemble, ils changent l'angle obtus en angle aigu, ce qui entraîne la pièce. (L.-A. Émy, Traité de l'art de la charpenterie , tome 2, Paris : chez Dunod, 1841, 2e édition : 1870, chap. 48/p. 598)
  4. (militaire) (Désuet) Soulever un affût de canon avec un levier pour ajuster la position de tir.
    • Pour placer le rouleau sous la culasse. Embarrer sous la plate-bande de volée, les leviers appuyés sur la masse couchée, le petit demi-cylindre par-dessus; abattre, reculer le rouleau jusque sous le devant des tourillons et le caler; […]. (Instruction sur les manœuvres de force de siège à l'usage de l'artillerie approuvée par le ministre secrétaire d’État de la guerre le 27 mars 1842, Paris : Imprimerie royale, 1842, page 30)
  5. (marine) Agir mal à propos et sans adresse sur la barre.
    • Les mauvais matelots embarrent constamment, et font perdre au navire un nœud sur dix, en moyenne.
  6. (pronominal) S'embarrasser les jambes dans les barres de la stalle.
    • Le 3 avril dernier, un cheval nouvellement acheté par M. le lieutenant-colonel du 77e de ligne s’embarra sur le support d'un des côtés de sa loge; une vaste plaie de 15 centimètres de diamètre environ se produisit sur l'abdomen, […]. (J.-M. Delsol, « Emploi chirurgical et médical de l'acide phénique : Observations pratiques », dans le Recueil de médecine vétérinaire, publié sous la direction de Henri Bouley, tome 10 - 5e série (vol. 49 de la collection), Paris : chez P. Asselin & Labé, 1872, p. 589)
    • A Tours, un jour de l’hiver 39-40, dans le froid glacial de cette saison-là (je me rappelle avoir été la nuit précédente garde d'écurie, à grelotter, à surveiller les chevaux qui s’embarraient et à balayer le crottin), le colonel vint goûter la tambouille. (Jean Ferniot, La Petite Légume, collection Roue libre, Mercure de France, 1974)



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