grève
étymologie
(nom commun 1) De l’ancien français grave, greve, du bas latin grava (« sable, gravier »), probablement d’origine gauloise. Ce mot d’ancien français préserve deux significations distinctes : 1) une formation rocheuse de galets roulés, de graviers ou de sable, éventuellement déplaçable pour aménager une voie ou assécher une route 2) une vaste étendue, plage ou lande, au soubassement composé principalement de ces géo-matériaux. Ainsi par extension le terme apparaît dans la micro-toponymie des plages de sable, des landes ou des dunes sableuses, des successions de terrasses aux sols graveleux (les Graves en Gironde). Il n’est pas exclu que ces formations plus ou moins imposantes soient aussi influencées par le verbe ancien français graver, dans son sens second de « gravir » (le premier sens renvoyant à un déplacement ou enlèvement de matière, par exemple ” graver la cire »).
(nom commun 2) Première hypothèse : de faire grève, se tenir sur la place de Grève en attendant du travail, près de l’Hôtel de Ville à Paris, de l’ancien français greve. Deuxième hypothèse : de formes dialectales de l’ancien français grieve, du latin populaire grevis ayant aussi engendré l’ancien français grief. Notons que grevis est la forme altérée de l’adjectif latin classique gravis. Ce dernier adjectif peut qualifier le transport des matériaux décrits par l’ancien français grave ou grève, ci-dessus.
(nom 3) .

nom

SingulierPluriel
grèvegrèves

grève \ɡʁɛv\ féminin

  1. Terrain uni et sablonneux le long de la mer ou d’une grande rivière.
    • Kalumah fut plongée dans l’eau froide dont la fraîcheur la ranima, et quelques instants plus tard, une lame la jetait mourante sur une grève de sable. (Jules Verne, Le Pays des fourrures, 2 partie, ch. 9, J. Hetzel et Cie, Paris, 1873, p. 291)
    • Démocrite aurait trouvé aux rives du Jourdain et aux grèves de la mer Morte un aspect enchanteur. (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. IV, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892, Page:Verne - Claudius Bombarnac.djvu/46)
    • En parcourant les grèves laissées à sec par la marée, je faisais lever de nombreuses tribus d’oiseaux de rivage […] (Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau, L’Archipel de Chausey, souvenirs d’un Naturaliste, Revue des Deux Mondes, tome 30, 1842)
    • Soumise à des alternatives d’émersion et d’immersion d’amplitude et de durée variables, la grève est occupée par des groupements […] constitués essentiellement par des espèces amphibies adaptées aux « variations du niveau hydrostatique ». (Gustave Malcuit, Contributions à l’étude phytosociologique des Vosges méridionales saônoises : les associations végétales de la vallée de la Lanterne ↗, thèse de doctorat, Société d’édition du Nord, 1929, [//ori-nuxeo.univ-lille1.fr/nuxeo/site/esupversions/6cfe60d7-a710-46a8-b32d-4a32b4c31a74 p. 54])
    • Chaque soir, lorsque sonnait le couvre-feu, les chiennetiers lâchaient les dogues hors des murs et malheur à qui rôdait alors à travers les grèves où les navires étaient échoués à mer basse […] (Henri-Georges Gaignard, Connaître Saint-Malo, éd. Fernand Lanore, 1973, page 160)
    • Deux fois par jour la mer reçut ordre de se lever de nouveau dans son lit et d’envahir ses grèves. (François René Chateaubriand, Génie, I, IV, 4)
  2. Banc de sable qui se forme dans la Loire, et que le courant porte tantôt d’un côté, tantôt d’un autre.
  3. (Maçonnerie) (vieilli) Le gros sable qui sert à faire du béton ou du mortier.
synonymes
traductions
nom

SingulierPluriel
grèvegrèves

grève \ɡʁɛv\ féminin

  1. (travail) Entente, accord des salariés d’une usine, d'une entreprise, d’une profession, pour cesser leur travail jusqu’à ce qu’ils aient obtenu une augmentation de salaire ou certains autres avantages.
    • Les grèves, qui se multiplient chaque jour davantage et qui ont fait, dans le Jura, leur apparition d'une manière éclatante, contraignent pour ainsi dire les populations à s'occuper de cette question tant redoutée qu'on appelle la Question sociale. (Adhémar Schwitzguébel, Manifeste adressé aux ouvriers du Vallon de Saint-Imier, février 1870)
    • Or, voici que M. Millerand apporte au Conseil des ministres un projet de loi sur la grève obligatoire. Qu'est-ce à dire? C'est-à-dire que, dorénavant, lorsque les ouvriers d'une usine voudront se mettre en grève, il devra être procédé à une consultation préalable. Tous les travailleurs intéressés voteront pour ou contre la cessation du travail. Si la moitié plus un des ouvriers opine pour la grève, la minorité — dans l'espèce la moitié moins un — devra s'incliner. La grève sera obligatoire. (Joseph Caillaux, Mes Mémoires, I, Ma jeunesse orgueilleuse, 1942, p. 179 & 180)
  2. (Par extension) Cessation d’activité comme moyen de pression politique.
    • Je comprends que ce mythe de la grève générale froisse beaucoup de gens sages à cause de son caractère d’infinité […] (Georges Sorel, Lettre à Daniel Halévy, 15 juillet 1907, dans Réflexions sur la violence, 1908)
    • Le changement des conditions objectives de la lutte, qui imposait la nécessité de passer de la grève à l’insurrection, fut ressenti par le prolétariat bien avant que par ses dirigeants. (Lénine, Rapport sur la Révolution de 1905, traduit du russe (Pravda du 22 janvier 1925), Éditions du Progrès, Moscou, 1966, p. 6)
    • Ce n’est pas sans regret, sans doute, que les ardoisiers de Fumay feront grève le 11 mars 1912 afin d’appuyer la proposition de loi : une grève soutenue par l’Union départementale des Syndicats […] (Henri Manceau, Des luttes ardennaises, 1969)
    • C’était l’époque de la Chambre bleu horizon, comme on l’appelait, une Chambre d’extrême droite et d’un patriotisme sourcilleux. Lors de la grève des employés du métro, j’ai vu, de mes yeux, les polytechniciens en grande tenue et en gants blancs conduire les rames de wagons pour faire échec aux ouvriers. (Georges Simenon, Un homme comme un autre, 1975)
    • Maurice Thorez, ministre d’État, disait : « Il faut savoir finir une grève. Retroussons nos manches. » (Édouard Bled, J’avais un an en 1900, Fayard, 1987, Le Livre de Poche, page 364.)
    • ''L’Unef soutiendra les étudiants qui votent le blocage et qui votent la grève dans les universités. (Jean-Baptiste Prévost, cité par l’AFP ↗, octobre 2010)
synonymes
traductions
traductions
nom

SingulierPluriel
grèvegrèves

grève \ɡʁɛv\ féminin

  1. (Antiquité) (armures) Partie de l’armure qui couvrait le tibia, la jambe.
    • Du haut en bas des murailles s’étalaient d’éclatantes panoplies […] brigantines, grèves. (Anatole France, L’Anneau d’améthyste, 1899, p. 97)
  2. Jambe.
    • J’ai les grèves rôties ! (Bertrand, Gaspard, 1841, p. 95)

traductions
forme fléchie

grève \ɡʁɛv\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de grever.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de grever.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de grever.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de grever.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent de grever.

Grève
étymologie
De grève maritime ou fluviale, long banc de sable et de cailloux situé sur les bords de Seine.

nom propre

Grève ou place de Grève \ɡʁɛv\ féminin

  1. Place de Paris sur le bord de la Seine, à côté de l’hôtel de ville, où se faisaient les exécutions juridiques.
    • Et pour ses factions il n’ira point en Grève. (Mathurin Régnier, Satires, X)
    • Bien que les spectacles de la Grève ne soient pas de fort belles choses à mander à une personne de votre qualité, je vous dirai pourtant par pure stérilité de nouvelles, que l’on pend et roue ici tous les jours de la semaine. (Paul Scarron, Œuvres, t. I, p. 209)
    • À la fin tous ces jeux, que l’athéisme élève, Conduisent tristement le plaisant à la Grève. (Nicolas Boileau-Despréaux, Art, p. II)



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