marron
étymologie
(Nom 1, Adjectif 1) De l’italien marrone.
  • Apparaît orthographié maron, au XVIIe siècle (... et sans doute auparavant) dans le vocabulaire de la teinturerie, car on le trouve attesté dans le Recueil des Edits et déclarations du Roy (Louis XIV), arrêts et règlements du Parlement de Besançon publiés et enregistrés depuis 1674, page 193 et p.263, « pour lesdites laines teintes en pourpré & maron, en les passint ensuite sur lu cuve d'inde ou après les y avoir payées auparavant(...) maron, pruneau & rouges-bruils , presque noirs, leur faisant trés-expresses inhibitions & défenses d'employer dudit bois d'inde ou de campêche e dans la teinture des laines fines »
  • Attesté également en français comme nom de couleur en 1750 ( « couleur de maron » ) sous l’orthographe alternative maron dans un livre de Jean Hellot, L’Art de la teinture des laines, p. 485, ( « On tire de ce mélange un très-grand nombre de couleurs comme les Caffé, Maron , Pruneau, Musc, Epine et autres nuances. »), l’adjectif marron pour la couleur n’entre dans le dictionnaire de l’Académie que dans la 6e édition de 1835.
  • Réaumur, en 1737, évoque les « nuances de brun qui tirent assés communement sur le marron ou une nuance de marron rougeâtre ».
  • Le Conseil d’Etat de 1718, sur les étoffes qui se fabriquent à Nîmes, comme les burates, : « les Burates unies des couleurs musc, marron, caffé, minime, canelle, tabac, gris-clair, gris-argentin, gris de plomb, gris de fer & noir, seront savonnées […] » (imprimé en 1730)
(Nom 2, Nom 3, Adjectif 2) De l’espagnol cimarrón, terme hispano-américain ou bien de l’espagnol marro, .
(Nom 4) De l’ancien français maron, latin maro pluriel marones. Terme attesté depuis le Xe siècle, il a été l’objet de multiples interprétations : voir marones. D’après Furetière et Ménage, ce mot est d’origine italienne et milanaise : depuis lors Terracini et Hubschmidt situent son apparition en Lombardie de manière indubitable, où le mot y est attesté dès 1176 (Keller). Son étymologie a fait l’objet de nombreuses recherches dont celles de Dauzat, Terracini, Keller. Quelques étymologies :De la racine préromane *marr, « la pierre » , « le roc » (Hubschmidt), étymologie la plus récente et acceptée. D’une racine marh signifiant « cheval » (Meyer-Lübke) Toscan marrone « cheval qu’on attelle à côté d’un autre encore mal dompté pour lui servir de guide » : il y avait les marrons viatores équipés de chevaux, ou à pied, porteurs de chaire (ramasse). De marrone, « homme expert qui en guide un autre », « guide de montagne » (XVIe/XVIIe). provenant de maru, « magistrat étrusque » (voir marucci) De la marre, «pelle », instrument du cantonnier de César réparant les chemins des Alpes ; les marrons étaient équipés de bâtons et piolets.

nom

SingulierPluriel
marronmarrons

marron \ma.ʁɔ̃\ masculin

  1. Grosse châtaigne#fr|châtaigne.
    • Le scientifique appelle marron le fruit du châtaignier qui ne possède qu’une amande sous le tégument coriace et châtaigne celui qui en possède plusieurs séparés par le tan. L’industriel et le commerçant … auraient tendance à élargir la notion de marron à toutes les châtaignes un peu grosses et dodues. Quant au gastronome, … de la purée ou de la crème de marron, … châtaigne blanchie, … on parle de boudins aux châtaignes et de dinde aux marrons ! (Robert Bourdu, Le châtaignier, p. 21, 1996, Actes Sud, Le nom de l’arbre)
    • Des marrons grillés.
    • Avec le succès de son entreprise, M. Chestnut décide de se développer et d’acheter le fonds de commerce de son confrère M. Marron, qui vend des marrons chauds au parc Montsouris. (André Lévy-Lang, L’Argent, la finance et le risque, 2006, p.126)
    • Chaud, les marrons ! (Ernest Grenet-Dancourt, Monologues comiques et dramatiques, Librairie Ollendorf, p. 157)
    1. (Figuré) (populaire) Coup de poing, châtaigne, gnon.
      • – Quand on a reçu un marron, on fait l’mort. (Léon Frapié, Réalisme, dans Les contes de la maternelle, 1910, éditions Self, 1945, page 131)
      • ''Y m'a filé une beigne,/>j’y ai filé un marron,/>m’a filé une châtaigne,/>j’y ai filé mon blouson. (Renaud, Laisse béton'', 1977)

  2. (Par analogie)
    1. (de couleur)
      1. Brun, couleur du fruit mûr. #a04000#602000#402000 Voir la note sur les accords grammaticaux des noms de couleurs employés comme noms ou adjectifs.
        • Un homme de moyenne taille […] vêtu d’un caban de couleur marron. (Théophile Gautier, Capitaine Fracasse, 1863)
    2. (de forme)
      1. (botanique) Marron d’Inde.
        • Au fond une vingtaine de marronniers lâchaient comme des bombes leurs bogues piquantes sur la tête des enfants. Ceux-ci nous apportaient en cadeau des dizaines de marrons bien lustrés dont nous ne savions que faire.(José Herbert, L’instituteur impertinent: Récit de vie, 2016)
      2. (pyrotechnie) Fusée à pétard dont la détonation évoque l’éclatement d’une châtaigne sur le feu.
        • Le tir de deux marrons d’air qui ont éclaté à 300 ou 350 mètres de hauteur a fait dans le « nuage une large échancrure a travers laquelle apparut le ciel bleu ; deux autres marrons divisèrent le nuage en deux parties, qui prirent la direction des forces composant la résultante suivant laquelle se dirigeait sa masse.(Congrès international de défense contre la grêle, Troisième Congrès international de défense contre la grêle et Congrès de l'hybridation de la vigne, tenus à Lyon les 15, 16 et 17 novembre 1901 : compte rendu sténographique. T. 1, Congrès de défense contre la grêle - 1902, page 306)
  3. Jeton servant à contrôler la présence d’une personne à son poste. Notamment en usage dans les mines, les casiers où ils se rangeaient se nommaient marronniers.
    • Un surveillant de ronde, qui inspectait le dortoir d’en bas du bâtiment-neuf, au moment de mettre son marron dans la boîte à marrons, − c’est le moyen qu’on employait pour s’assurer que les surveillants faisaient exactement leur service ; toutes les heures un marron devait tomber dans toutes les boîtes clouées aux portes des dortoirs. (Victor Hugo, Les Misérables, 1862)
  4. (populaire) Tête.
    • Il a reçu un coup sur le marron.
  5. (Figuré) Attrapé, refait.
    • Être rôti comme un marron. voir être chocolat.
  6. Grumeau de farine se formant dans la pâte à pain lors du pétrissage.
  7. (ichtyologie) Sur le bassin méditerranéen, nom vernaculaire d’un poisson proche de la dorade.

traductions
traductions
nom

SingulierPluriel
marronmarrons

marron \ma.ʁɔ̃\ masculin (pour une femme on dit : marronne)

  1. (Antilles) (vieilli) Esclave qui s’est enfui pour vivre en liberté.
    • Faire marron, s’enfuir.
    • La réussite de l’évasion du marron, son intégrité physique, sa survie même dépendent de sa capacité à disparaître, à devenir imperceptible.(Dénètem Touam Bona, Fugitif, où cours-tu ?, 2016)
    • II partit avec quatre esclaves, et un Nègre libre ils ne donnèrent heureusement dans aucun des pièges des Marrons qui ont l’usage de creuser des fosses profondes, dont ils couvrent adroitement la surface avec des feuilles et au fond desquelles ils plantent des pieux aiguisés, qui empalent ceux qui s’y laissent tomber, et ils parcoururent des bois et des montagnes où ils trouvèrent quelques traces des Marrons qui s’étaient enfuis (Lettres Édifiantes et Voyages des Missionnaires Jésuites)

traductions
nom

SingulierPluriel
marronmarrons

marron \ma.ʁɔ̃\ masculin

  1. Livre, ou tout autre ouvrage, imprimé clandestinement.
  2. Lettres et chiffres découpés en à jour dans une feuille de métal, destiner à être utilisé en tant que pochoir.
  3. (Cinéma) Copie positive intermédiaire de haute qualité à grain très fin du négatif original après montage, à partir de laquelle on fabrique les négatifs nommés contretypes ou internégatifs servant au tirage des copies d'exploitation destinées à la projection. Selon la teinte du support, cet interpositif peut aussi être nommé lavande.
    • Il y a plusieurs années, un élément intermédiaire safety (c’est-à-dire en triacétate), que l’on appelle un « marron », avait heureusement été tiré. (Site de la cinémathèque française), Restauration du film « Donne-moi tes yeux » de Sacha Guitry

nom

SingulierPluriel
marronmarrons

marron \ma.ʁɔ̃\ masculin

  1. (Désuet) (Alpes) (Lanslebourg-Mont-Cenis) Porteur savoyard dans les Alpes, guide de montagne, en particulier en Maurienne au Mont-Cenis.
    • Du Passeur au Guide. Alors, et alors seulement, les marrons de Novalaise prennent une autre figure, à l'image de la montagne. On voit ses marrons l'aider, lui expliquer ce qu'on trouve en montagne [...] (Renaud de Bellefon, Histoire des Guides de Montagne: Alpes et Pyrénées, 1760-1980, 2003, p. 123)
    • Apparut alors, disent les textes, quoddam genus hominum qui « marrones » vocantur (une sorte d'homme qu'on appelait marrons).On relève marones, marronai, marronnes, marucci, mazanes, et, en Val d'Aoste plus particulièrement, celle de marronniers. Leur clientèle était faite de grands personnages : diplomates, ambassadeurs, parfoisde papes, d'ecclésiastiques [...] (Nicolas Giudici, La philosophie du Mont-blanc, 2003, ‎Literary Collections)
    • On les appelle ordinairement Marrons. Ils sont divisés en plusieurs bandes et ont des petites chaises qu’ils portent tousjours à la main Quand la neige ni y est pas assez forte ni assez gelée, ils portent sur ces chaises les voyageurs, mais quand le froid a rendu la neige bien dur, et ils accommodent leurs chaises de façon, qu’ils ne portent a plus les voyageurs, mais les font glisser sur la neige avec tant de vitesse, particulièrement à la descente du Mont-Cenis, qu’à peine les peut on suivre des yeux (Guido Bentivoglio, 1713, Mémoires du Cardinal Bentivoglio, page 39)
synonymes
traductions
adjectif

marron \ma.ʁɔ̃\ invariable

  1. Brun, de la couleur du fruit mûr du châtaignier. Voir la note sur les accords grammaticaux des noms de couleurs employés comme noms ou adjectifs.
    • Le lagon, habituellement bleu-vert transparent, devient marron à force de réceptionner la terre qui s’y déverse. (Thierry Francès, Du mistral au maraamu, Société des Écrivains, 2012, p. 191)

traductions
adjectif

SingulierPluriel
Masculinmarronmarrons
Fémininmarronnemarronnes

marron \ma.ʁɔ̃\

  1. Évadé, fugitif, déserteur, enfui en parlant d’un esclave.
    • Vous avez de votre esclavage une idée qui doit être la mienne mais non la vôtre, sans quoi vous n’êtes plus qu’une petite esclave marronne. (Guillaume Apollinaire, Lettre à Madeleine Pagès, 5 août 1915)
  2. Qui se livre à l’exercice illégal d’une profession, ou à des pratiques illicites ou de bas étage.
    • Quand je dis insortable, je suis modeste. Le second de ces personnages est un médecin marron, qui s'était fait pincer deux fois ans un trafic d’héroïne. (Lucien Rebatet, Les deux étendards, tome 2, Éditions Gallimard, 1951, p. 503)
    • Nègre marron. Nègre qui travaille, écrit pour quelqu’un de célèbre
  3. Animal qui, de domestique, est devenu sauvage, féral.
    • Cochon marron.
    • Les pampas d’Amérique du Sud donnent également asile à d’immenses troupeaux de Chevaux marrons (cimmarrones) ; lesquels proviennent selon d’Azara, de Chevaux andalous abandonnés par les Espagnols vers le milieu du XVIe siècle. (A. Railliet, "Traité de zoologie médicale et agricole", p. 1161, 1895, Asselin et Houzeau, Paris)
  4. (Maurice) (La Réunion) Qualifie une plante sauvage qui présente des analogies avec une plante cultivée.
    • Thym marron (Erica galioides) ; pistache marron (Asystasia gangetica).
    • Je vois Denis arrêté devant un buisson : "Pistache marron". Dans sa main, une longue gousse entrouverte laisse échapper des graines noires, semblables à des insectes. (J. M. G. Le Clézio, Le Chercheur d'or, Gallimard, 1985)



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